Bilan CRF-AFPC 2013-05-31

La Conférence régionale des Femmes de l’AFPC-Québec a lieu une fois tous les trois ans. Elle réunit des femmes de chacune des 8 régions du Québec. Lors de la CRF du 31 mai au 2 juin 2013, nous étions une soixantaine. Le secteur universitaire était présent via deux élues  du SÉSUM (le syndicat des étudiant-es salarié-es de l’UdeM), une élue  du SARE (le syndicat des auxiliaires administratifs, d’enseignement et de recherche de l’Université Laval) et deux  élues du SÉtuE (Annabelle Rivard et Caroline Jacquet). Elle sera suivie de la Conférence nationale des Femmes de l’AFPC (au niveau canadien, du 18 au 22 novembre 2013).

Partie 1 : Journée financée par la FTQ, sur le thème de la Santé et Sécurité.

Conférence de Lydia Assayag, du Réseau Québécois d’Action pour la Santé des Femmes, organisme indépendant (non subventionné par des entreprises pharmaceutiques), mais dont 70% du financement a été coupé sous Harper. http://rqasf.qc.ca/

Le RQASF est très critique de l’approche biomédicale de la santé des femmes et défend une approche en terme de santé globale, c’est-à-dire qui prenne en compte les déterminants sociaux sur la santé (pauvreté, logement, travail, sexe, « race », orientation sexuelle, etc.), qui valorise l’autonomie des personnes dans leur santé, et qui critique la surmédicalisation (1/3 du budget de la santé, soit 8.5 milliards de dollars, sont dédiés aux médicaments). Pour plus d’informations, lire : http://rqasf.qc.ca/files/RQASF-Synthese_Cadre_PS_2009.pdf.

Conférences de Marie-France Maranda et de Louise St-Arnaud, professeures à l’Université Laval sur la santé mentale au travail et la réintégration au travail après une maladie psychologique.

La détresse psychologique touche désormais un cinquième des travailleurs et travailleuses du Québec. 40 0000 travailleurs et travailleuses prennent des médicaments contre l’anxiété, se remonter le moral ou s’aider à dormir ! La moitié des congés invalidité de long terme sont liés à des troubles de santé psychologique.

La CSST s’est construite à partir du modèle classique des accidents du travail, typiques des milieux traditionnellement masculins, et refuse de prendre au sérieux les enjeux de santé mentale, typiques du secteur tertiaire (87% des femmes travaillent dans le tertiaire). La santé mentale au travail est très majoritairement considérée comme relevant du « personnel » et non de l’organisation du travail lui-même. Moins de 1 % des demandes adressées à la CSST sont acceptées.

C’est d’autant plus grave que le secteur tertiaire subit très fortement les transformations du travail avec la « nouvelle gestion publique », très anxiogènes : flexibilité, mise en concurrence, surveillance accrue, surcharge de travail, évaluations, mises à pied. C’est particulièrement le cas pour les membres de l’AFPC qui travaillent dans la fonction publique fédérale actuellement en plein chambardement ! En termes de dégradation de la santé, cela se traduit par : dopage, décrochages, hypertravail, dépressions, voire suicides.

Et pour les membres du SÉtuE ?

–        Facteurs de risques liés à l’organisation du travail : Précarité financière, Endettement, Aucune assurance de trouver de l’emploi, Relations de dépendance à nos employeurs-euses direct-es très fortes, Conciliation Travail-Études-Vie-Famille difficile, Pression au rendement, Évaluations constantes

–        Manifestations de la détresse psychologique : Allongement du temps consacrés aux études; Abandons; Dépression. Cet enjeu est très invisibilisée puisque les personnes « disparaissent » de l’université. Le SÉtuE devrait demander au Centre d’écoute et d’entraide un bilan.

–        Difficultés à aborder le problème sur notre lieu de travail : Idéal de performance; Blâme social, Individualisation du problème (c’est « mon » problème), Invisibilisation;

Il existe trois types de préventions :1-Les soins après-coup sont certes importants, mais sont purement individuels, ne modifient pas l’organisation pathogène du travail et arrivent trop tard; 2-la sensibilisation collective (kiosques, dépliants) est nécessaire puisqu’elle permet de nommer et d’identifier le problème comme étant collectif, de casser le blâme social, etc., mais elle ne débouche pas sur une modification en profondeur des sources de la détresse au travail; 3- la prévention à la source, qui modifierait l’organisation même du travail, est la grande absente de la prévention des problèmes de santé mentale ! C’est LE prochain combat en matière de santé au travail. Cela ne pourra avoir lieu sans une CRITIQUE DU TRAVAIL.

http://www.psac-afpc.com/issues/campaigns/mentalhealth-f.shtml

http://www.crievat.fse.ulaval.ca/)

Partie 2 : Luttes féministes passées et à venir !

Conférence de Sophie Des Cordes, de la Fédération du Québec pour le Planning des naissances, organisme fondé en 1972 : http://www.fqpn.qc.ca/index.php

La conférencière est revenue sur les moments forts de la lutte pour le droit à l’avortement : les avortements clandestins, très dangereux pour la santé des femmes, avec en 1962 le nombre record de 57 617 avortements clandestins; 1969 et la mise en place des comités d’avortement thérapeutique composés de 3 médecins devant lesquelles les femmes devaient présenter leur cas personnel ! 1988, l’affaire Morgentaler, et la décriminalisation de l’avortement par la juge Bertha Wilson; 1989, l’affaire Chantal Daigle, qui déboute son ex-partenaire qui avait obtenu une injonction l’empêchant d’avorter; 1997 et l’affaire Winipeg qui déboute la DPJ qui voulait forcer  une femme autochtone toxicomane à être mise en quarantaine au nom de la santé du fœtus; 1999 et l’affaire Dobson qui rejette la responsabilité de la mère, poursuivie par son  enfant né handicapé suite à un accident de voiture lorsque la femme était enceinte.

Depuis 1988, 47 motions et projets de lois ont été déposés en Chambre pour limiter l’avortement. Rappelons quelques faits : le nombre d’avortement au Canada diminue depuis 2004; 97 % des avortements ont lieu lors du 1er trimestre; l’Île du Prince-Édouard ne dispose d’AUCUN service en avortement et de nombreux endroits au Canada sont dépourvus d’accès facile à un service d’avortement. La surveillance accrue des femmes enceintes et la normalisation de leurs comportements sont des tendances lourdes et très dangereuses (ainsi cela pourrait mener, comme dans certains états états-uniens, à la criminalisation des femmes enceintes).

Rappelons que si le droit à l’avortement et à un accès facile, gratuit et sécuritaire à l’avortement demeure un combat féministe fondamental, il y a d’autres enjeux de justice reproductive absolument essentiels. Ainsi, pour de nombreuses femmes au Canada, le problème ne consiste pas à avoir accès à l’avortement, mais dans le fait qu’on le leur « suggère » bien trop rapidement : c’est le cas des femmes handicapées, des femmes autochtones, des femmes toxicomanes, etc. La lutte pour la justice reproductive c’est d’assurer un choix et un contrôle de leur corps à TOUTES les femmes.

Appel à témoignage : http://www.cwhn.ca/sites/default/files/Appel%20%C3%A0%20t%C3%A9moignage%20-%20exp%C3%A9rience%20directe.pdf

 

Conférence de Mariève Surprenant, de la Table de concertation de Laval en condition féminine

Le guide « Paroles féministes, controns le ressac : réponses au discours anti-féministe », réalisé par cette Table de concertation, a comme but d’outiller les féministes et les organismes féministes afin de pouvoir répondre rapidement aux argumentaires masculinistes. Il est disponible pour consultation au local du SÉtuE.

http://tclcf.qc.ca/site/paroles.html

Conférence d’Alexa Conradi, de la Fédération des femmes du Québec

Alexa Conradi a brossé un panorama des attaques de Harper qui, combinées, touchent toutes les femmes au Canada : démantèlement de la fonction publique et des services publiques; changement dans les statuts de réfugié-e-s qui pénalisent les femmes victimes de violence conjugales; augmentation de l’âge pour obtenir les pensions de vieillesse; refus de faire une commission d’enquête sur les disparitions de femmes autochtones; culturalisation de la violence faite aux femmes (R. Ambrose reprend  le vocable de  « crimes d’honneur » et ne l’attribue qu’aux violences faites par des non-blancs); militarisation de la société et des symboles canadiens; changements dans les crédits d’impôts pour encourager les femmes à rester à la maison; influence grandissante de la droite évangéliste et de sa morale sexuelle; etc.

Le Forum social des peuples aura lieu à la fin de l’été 2014, la FFQ y participera : aux syndicats de se mobiliser également pour ce grand rassemblement pan-canadien ! Il nous faut nous solidariser et multiplier la mobilisation auprès de la population sur ces nombreux enjeux.

 

Présentation de la Chaire Nycole Turmel, sur les espaces publiques et les innovations politiques, de l’UQAM :

La Chaire est financée par l’AFPC : http://www.turmel.uqam.ca/ et tout particulièrement sur les femmes autochtones impliquées dans Idle No More : http://www.turmel.uqam.ca/node/536

 

Partie 3 : Caucus et plénière sur des résolutions

Nous nous sommes tout d’abord partagées par régions. Les déléguées du SÉtuE étaient donc avec la région de Montréal, puis nous sommes revenues en plénières. Les propositions adoptées sont des propositions recommandées  pour le prochain Congrès de l’AFPC-Québec ou celui de l’AFPC au niveau canadien et ne sont donc pas effectives en tant que telles. Mis à part des propositions d’organisations de structures (mise en place d’un comité national des femmes pour relancer les comités femmes au Canada), il y avait des propositions politiques, comme celle visant à maintenir les régimes de retraites à prestation déterminée, ou celle visant à obtenir le retrait préventif pour les femmes enceintes ou qui allaitent ailleurs au Canada (seul le Québec applique cette mesure). Il y avait une proposition de soutien aux mouvements autochtones. Toutes ces propositions ont été adoptées à l’unanimité ou forte majorité.

Les deux dernières propositions ont vraiment fait débat. La première, qui a été battue, visait à créer des comités de retraités par régions au Québec, avec un budget de 500$ par année chacun. La seconde, qui a été acceptée à faible majorité, vise à ce que les personnes retraitées de l’AFPC puissent militer comme membres (avec droit de vote et possibilité de mandats électifs ou nominatifs).

En tant que déléguées du SÉtuE, nous sommes extrêmement critiques de la manière dont le vote final s’est déroulé. D’une part, une partie des personnes présentes n’étaient pas familières avec les procédures d’un Congrès.  Aucune formation ne leur a été fournie, alors qu’il aurait été démocratiquement indispensable de prendre quelques minutes pour expliquer les procédures de base, comme cela se fait couramment dans les Assemblées générales étudiantes. Cela aurait pu être l’occasion, pour les nouvelles militantes, d’expérimenter les procédures. D’autre part, le temps imparti au débat sur les résolutions était très court par rapport au déroulement de ces trois jours. La dernière proposition a de plus été adoptée après une pause, alors que toutes les déléguées (dont nous) n’étaient pas encore revenues. Pourtant, il était très clair que les débats seraient longs sur les dernières propositions et que ces enjeux n’étaient pas consensuels dans la salle.