Bilan – Journée de réflexions sur les politiques conservatrices

Les politiques conservatrices et la perte de citoyenneté

Le 18 mars dernier avait lieu la formation du conseil régional FTQ Montréal métropolitain sur les politiques du gouvernement Harper, intitulée « Harper NOUS déteste! ». Cette journée de réflexion avait pour but de sensibiliser et mobiliser les syndicats autour des politiques conservatrices du gouvernement fédéral et de ces répercussions.

Dans un premier temps, Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’Université de Montréal, a présenté de manière succincte la logique de l’idéologie conservatrice. Retour dans le temps, aux années 1990 où le mouvement conservateur était divisé entre deux tendances: le conservatisme néolibéral représenté par le Parti progressiste-conservateur et le conservatisme moral de l’Alliance canadienne. La fusion de ces deux partis a permis l’émergence d’une force politique unifiée rassemblée autour d’un conservatisme contemporain autoritaire fondé sur la dépossession des contre-pouvoirs de la société civile et de l’assujettissement des institutions politiques au parti au pouvoir. La solidarité sociale devient une une entrave aux actions du gouvernement. En ce sens, ce conservatisme ne cherche pas à diminuer la taille de l’État, mais bien au contraire, par son action répressive, à un désengagement des citoyen-nes à la politique. Ce découragement citoyen mène au cynisme et la résignation nécessaire au déplacement du spectre politique vers la droite. L’État devient un organe du parti au pouvoir, où ce dernier peut imposer ses projets de loi comme bon lui semble. Cela est également facilité par le système parlementaire britannique, où le parti au pouvoir est omnipotent.

Ensuite, l’opérationnalisation de ce projet politique est présentée par Éric Demers, ancien exécutant du SÉTUE et maintenant attaché politique du député néodémocrate Alexandre Boulerice. Il explique que les conservateurs s’appuient sur de nombreuses techniques politiques et de communication pour obtenir un vote suffisant (38%) pour être élus majoritaires. Parmi celles-ci, notons la « répression du vote », une technique originaire du Parti républicain étasunien visant à faire diminuer le taux de participation des électeurs et électrices adverses. L’exemple le plus fameux est celui des appels téléphoniques de « Pierre Poutine », appelant des électeurs et électrices ciblé-es dans des comtés libéraux pendant la nuit, au nom du Parti libéral. Découragé-es par des informations contradictoires sur le lieu du vote, plusieurs électeurs et électrices se seraient simplement abstenu-es de voter, augmentant ainsi le pourcentage conservateur. Notons également la multiplication des annonces politiques (financement, questions budgétaires) en-dehors de la chambre des communes devant un public local ciblé en l’absence des médias basés sur la colline parlementaires (et donc au courant des enjeux globaux de la politique fédérale). Pensons également aux nombreuses lois sous bâillon (devenues systématiques à chaque projet de loi) et aux lois mammouth, complexes et compliquées à comprendre, etc. Bref, les conservateurs ont rompu avec le seuil démocratique du 50%+1. Pouvant être élus majoritaires avec 38% des voix, ils gouvernement en fonction de ce nombre et consolident une partie de l’électorat selon les politiques qu’ils veulent faire passer.

Deux panels ont suivi cette présentation. Le premier consistait en une présentation de différents dossiers qui ont été touchés ou qui subissent actuellement des répressions des politiques conservatrices : la liberté d’expression et de presse (Ligue des droits et libertés), l’assurance-emploi (Conseil national des chômeurs et des chômeuses) et la coopération internationale (AQOCI). Le second panel portrait, quant à lui, sur les influences négatives des politiques du gouvernement sur le monde du travail : la loi C-377 (FTQ), la situation dans la fonction publique fédérale (AFPC), les conflits du travail et lois spéciales (STTP) et finalement la situation aux États-Unis et le « right to work » (Louis Gill).

Cette journée de formation a permis de mettre en lumière les répercussions sociales (travail, citoyenneté, liberté d’expression, etc.) des politiques fédérales. Les politiques conservatrices ne sont pas isolées les unes des autres, mais répondent toutes à l’idéologie conservatrice et participent donc à l’exclusion, voire l’expulsion de la citoyenneté du politique. Le portrait tracé par les conférenciers et conférencières est sombre et pessimiste. Effectivement, l’action politique institutionnelle devient moins efficace pour contrer ce processus destructeur qu’a engendré l’adoption des politiques du gouvernement conservateur. Toutefois, l’organisation politique à l’extérieur des limites institutionnelles (mouvements sociaux, organisations communautaires, mouvement étudiant, mouvement syndical, etc.) reste encore possible et favorable à une réelle contestation politique d’envergure.

Pour en savoir plus :
• Capsules YouTube de l’Alliance de la fonction publique du Canada sur les conséquences des coupures de Harper :
o L’inspection des produits alimentaires : www.youtube.com/watch?v=bF7hj5WoSkk
o Les coupures dans l’inspection de l’aviation : hwww.youtube.com/watch?v=8zPtes3s0sQ
• Article du conseil national des chômeurs et chômeuses sur la réforme de l’assurance-emploi : www.lecnc.com/2012/12/la-reforme-harper-de-lassurance-emploi-une-reforme-brutale-qui-vise-en-premier-lieu-les-travailleurs-et-les-travailleuses-de-lindustrie-saisonniere/
• Article du SÉTUE sur l’impact de la réforme de l’assurance-emploi sur les étudiant-e-s : www.setue.org/node/1380
• Article du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Postes du la loi antisyndicale C-377 : www.sttp.ca/1/4/4/1/2/index2.shtml

Gabrielle Renaud
Jonathan Vallée-Payette
Délégué-e-s du SÉTUE