Dénonciation d’une ingérence syndicale !

Suite à la publicisation d’une lettre envoyée par les président-es syndicaux au FRAPRU, dans le but de les décourager d’organiser un contingent dénonçant aussi les coupures à l’aide sociale dans la manifestation du 27 avril contre les coupures à l’assurance-emploi, l’exécutif du SÉtuE a tenu à réagir !

Voici le texte de la lettre que nous avons envoyé à Michel Arsenault (en tant qu’affiliés à la FTQ).
Plus bas vous trouverez le texte de la lettre en question, ainsi que la réaction du FRAPRU à un article de La Presse.

Lettre envoyée par le SÉtuE à Michel Arsenault :

« Monsieur Arsenault,

Nous avons obtenu copie d’une lettre adressée au FRAPRU dans le but de les décourager de co-organiser un contingent au sein de la manifestation du 27 avril 2013 et de les dissuader de tenir un point de presse. Ce contingent était appelé pour dénoncer tant les coupures fédérales à l’assurance-emploi que les coupures provinciales à l’aide sociale. Le prétexte avancé dans cette lettre était qu’un tel contingent aurait “pour effet de faire dévier les enjeux de la bataille sur l’assurance-emploi et le message unitaire et fort que nous devons toutes et tous soutenir d’une même voix” et que “les conséquences d’une dérive médiatique sur notre message sont réelles”.

En tant que membres de la FTQ, nous tenions à vous faire part de notre vif mécontentement à l’égard d’une telle ingérence. Cette intervention, qui a heureusement échoué, nous semble aller à l’encontre des principes de solidarité et de respect de l’autonomie d’action politique de ces groupes.

Sachez par ailleurs que, quant à nous, nous avons appelé les membres du SÉtuE à participer à ce contingent, afin de dénoncer en grand nombre les coupures à l’aide sociale en sus du saccage de l’assurance-emploi. Ces deux mesures nous semblent en effet ressortir de la même logique d’austérité.

Enfin, nous avons eu écho de témoignages concernant les agissements du service d’ordre de la FTQ durant cette manifestation, à l’égard d’un manifestant. Le service d’ordre aurait tenté de l’intimider et aurait demandé à la police de le surveiller. Un tel profilage politique est inacceptable. Nous souhaitons donc qu’une enquête soit faite et que cet agissement soit dénoncé dans les plus brefs délais.

L’exécutif du SÉtuE. »

Lettre reçue par le FRAPRU :

«Montréal, le 25 avril 2013
PAR COURRIEL : xx

xx

Bonjour xx,

Nous sommes informés que xx convoque les médias à un point de presse samedi prochain, le 27 avril, à midi au sud de la Place du Canada, coin Peel et de la Gauchetière. Nous comprenons que l’objectif de cette conférence de presse vise à dénoncer à la fois la réforme de l’assurance-emploi opérée par le gouvernement conservateur et les coupes à l’aide sociale prévues par le gouvernement du Québec. On indique qu’il y aura un contingent regroupé sous la bannière : Assurance-chômage, aide-sociale. Deux réformes, une même logique : le cheap labour.

Après consultation de tous les membres de la coalition, nous sommes convaincus que ce message aura pour effet de faire dévier les enjeux de la bataille sur l’assurance-emploi et le message unitaire et fort que nous devons toutes et tous soutenir d’une même voix. À notre avis, même le gouvernement conservateur pourrait profiter de ce double message pour soutenir que les forces vives du Québec sont divisées sur le message qu’elles portent. Les conséquences d’une dérive médiatique sur notre message sont réelles.

C’est pourquoi nous souhaitons que votre organisation se joigne à nous pour cette manifestation, et ce, sous un seul thème unitaire et fort : Chez nous, c’est non au saccage de l’assurance-emploi. Nous vous invitons à ne pas tenir de point de presse sur tout autre message que la réforme de l’assurance-emploi afin de respecter le thème de notre campagne.

Nous comptons, cher xx, sur ta collaboration ainsi que celle de ton organisation afin que nous puissions porter haut et fort un seul message.

Syndicalement, au nom de la coalition québécoise contre la réforme de l’assurance-emploi,

Précisions publiées par le FRAPRU :

1. Même si la lettre était adressée au FRAPRU, d’autres organismes nationaux étaient impliqués dans le point de presse et plus généralement dans le contingent liant réforme de l’assurance-chômage et coupes à l’aide sociale, notamment le Front commun des personnes assistées sociales du Québec, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec, l’Union des consommateurs et le Mouvement action-chômage de Montréal. D’autres groupes avaient appuyé l’appel à un tel contingent.

2. C’est collectivement que les organismes impliqués dans le point de presse ont eu à se prononcer, le 26 avril, sur la demande des centrales syndicales. Il a alors été décidé de remplacer le point de presse, qui tombait presque en même temps que celui tenu en un autre lieu par la Coalition québécoise contre la réforme de l’assurance-emploi, par un communiqué de presse envoyé la veille. Le contingent « Assurance-chômage, aide sociale : Deux réformes, une même logique : le cheap labour » a toutefois été maintenu et il a connu un succès inespéré avec la participation de quelque 3 000 personnes.

3. L’incident, que la permanence du FRAPRU avait décidé de ne pas ébruiter, démontre néanmoins l’existence de divergences stratégiques à la fois sur la manière de mener la lutte contre la réforme de l’assurance-chômage et sur l’appréciation des coupes à l’aide sociale. Pour le FRAPRU et les autres organisations impliquées dans le contingent, la réforme Harper-Finley et les coupes Marois-Maltais reposent sur deux mêmes logiques : celle du cheap labour, de l’obligation d’accepter n’importe quel emploi (ou simili-emploi dans le cas de l’aide sociale) à n’importe quel condition, de même que celle de l’austérité budgétaire. Nous considérons toujours que les deux luttes ont avantage à se rejoindre, plutôt qu’à se mener en silo.