Le Congrès de la FTQ adopte une résolution sur la gratuité scolaire

Les 1 200 délégués réunis à l’occasion du 29e Congrès de la FTQ à Montréal ont adopté, mardi matin, une résolution réclamant de la fédération qu’elle mette de l’avant une position de gratuité scolaire lors de ses interventions publiques, une initiative de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau (SEPB-Québec) et du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP).

Outre une «stratégie de micros», l’AFPC avait entrepris une campagne en marge du congrès pour faire adopter la résolution. Une équipe s’est afférée à distribuer des épinglettes munies d’un carré rouge, symbole de la lutte contre l’endettement étudiant emprunté à la grève générale de 2005.

Cette résolution était attendue avec impatience par les jeunes. « C’est clair qu’on est les premiers surpris de voir à quel point la résolution est passée facilement. Pour être franc, on s’attendait à plus de résistance », explique Alexandre Leduc, président sortant du Syndicat des étudiants employés de l’UQAM affilié à l’AFPC, en entrevue à l’aut’journal.

Il rappelle qu’une proposition semblable avait été amenée au dernier congrès de la FTQ, mais qu’elle avait finalement été traitée dans le cadre d’une journée de réflexion sur l’accessibilité et le financement de l’éducation postsecondaire l’année suivante.

À son avis, mettre de l’avant la gratuité scolaire permettrait d’initier un débat de fonds sur l’accessibilité à l’éducation post-secondaire. « On veut aller plus loin que de simplement parler de gel et de dégel, une position qui, à notre avis, n’a pas bien servi le mouvement étudiant et syndical. »

L’AFPC a donc mis de nouveau sur la table la question de la gratuité scolaire, pour un positionnement officiel émanant du Congrès. « En fouillant, on s’est aperçu que la gratuité scolaire, c’est d’ailleurs historiquement la position officielle de la FTQ. C’est étonnant de voir que dans les années 1950, les résolutions, sur papier, allaient en ce sens, même au Parti Libéral. »

Pour Alexandre Leduc, le premier test de cette résolution sera évidemment la Rencontre des partenaires en éducation le 6 décembre prochain, rencontre largement dénoncée par le mouvement étudiant et les syndicats, au cours de laquelle la ministre de l’Éduction devrait annoncer une hausse substantielle des frais de scolarité.

« On espère aussi que cela permettra une alliance plus large entre les associations étudiantes et les associations syndicales. »

Les délégués en faveur de la gratuité scolaire

Une dizaine d’interventions auront suffi à convaincre les délégués de la pertinence de la résolution et de la nécessité de la gratuité scolaire pour contrer l’endettement étudiant et favoriser l’accessibilité universelle aux études post-secondaires. « Les universités, ce ne sont pas des business. Ce sont des lieux d’apprentissage et tout le monde doit y avoir accès », a déclaré Alexandre Leduc.

Patrick Rondeau du SEPB a indiqué que la gratuité scolaire n’a rien d’une utopie de jeunes étudiants. D’après une étude de l’IRIS, la gratuité scolaire coûterait 550 millions $ à l’État, soit environ 1% du budget du Québec.

« Au moment d’annoncer les hausses en 2007, le gouvernement libéral a d’emblée reconnu que l’accessibilité aux études post-secondaires de 6 000 à 15 000 personnes serait menacée, mais ils ont tout de même fait ce choix pour des raisons dites économiques. Mais un étudiant, ce n’est pas un poids, c’est une richesse pour le Québec, une force économique. »

Nicolas Lemieux des TUAC a relevé les incohérences du discours de la droite économique sur la question. « Alors qu’ils disent que les jeunes Québécois naissent avec une dette de 28 000$ en partant, leur solution à eux, c’est d’en rajouter en haussant les frais de scolarité! »

Différents intervenants ont également insisté sur l’éclatement du parcours de vie dit traditionnel, «école-travail-retraite», une conséquence directe de la transformation structurelle de l’économie et de la croissance du travail atypique.

Près de la moitié des étudiants doivent travailler pendant leurs études, tout comme de nombreux d’individus choisissent, à un moment de leur vie, de retourner sur les bancs d’école. Le problème, c’est que la précarité associée à la poursuite des études engendre des iniquités quant à l’accessibilité.

Il y a aussi une inquiétude certaine quant l’équité sociale, à la reproduction de l’élite et de la classe dirigeante au sein des institutions d’enseignement, une forme de discrimination économique. « Ce n’est pas l’éducation des enfants de riches qui est menacée », faisait valoir une intervenante.

L’adoption de la proposition s’est conclue par de chauds applaudissements et par une ovation de la salle.

Par: Maude Messier
Source : L’Aut’Journal

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