Le Devoir : Gouvernance des universités. Les gens d’affaires n’ont pas leur place au conseil d’administration

Les étudiants insistent pour que les sièges soient détenus en majorité par des professeurs et des étudiants

À l’occasion de la dernière journée, hier, du dépôt pour des mémoires dans le cadre de la commission parlementaire sur la gouvernance des universités et des cégeps, différents organismes, fédérations et associations en ont profité pour annoncer de nouveau leurs couleurs. Estimant que les nouveaux projets de loi 38 et 44 n’ont guère changé, ils promettent de reprendre les mêmes batailles, armés des mêmes revendications. En espérant cette fois toucher la ministre.

Les suggestions du Conseil du patronat du Québec (CPQ) de libéraliser les droits de scolarité et de composer les conseils d’administration des établissements aux deux tiers de membres «indépendants» font bondir les étudiants, qui n’y voient qu’une façon d’arrimer les institutions au marché et d’exclure les moins nantis du droit fondamental à l’éducation. Ils s’exprimaient, hier, à l’occasion de la dernière journée du dépôt des mémoires dans le cadre de la commission parlementaire sur la gouvernance des universités et des cégeps dont les auditions commenceront le 1er septembre prochain.

«La gouvernance, c’est lié à l’imputabilité, la transparence, l’autonomie, ce n’est pas une question de frais de scolarité», a soutenu Jean Grégoire, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Un avis partagé par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui estime qu’avant toute chose, il y a lieu de se poser des questions sur le rôle que doivent jouer des institutions comme les cégeps et les universités dans la société.

Les deux organisations s’entendent ainsi sur une revendication principale: que les sièges des conseils d’administration des établissements soient détenus en majorité par des représentants «internes», soit des professeurs et des étudiants. Pour l’instant, la nouvelle mouture des projets de loi de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne — qui, à quelques modifications près, sont des clones des projets de loi 110 et 107 morts au feuilleton l’automne dernier avec le déclenchement des élections — propose d’octroyer près des deux tiers (60 %) des sièges à des «indépendants», une proposition appuyée par le CPQ. «On s’oppose à l’introduction d’administrateurs externes; pour nous, c’est un argument fallacieux. Ces gens-là sont des gens qui viennent du milieu des affaires et qui sont soumis à des conflits d’intérêts», a dit Christian Pépin, secrétaire à la coordination de l’ASSE.

Quant au président de la FEUQ, il qualifie de «flou» le concept d’administrateurs «indépendants». «On est passé du mot « externe » à « indépendant ». On a un malaise avec ça, car on ne sait pas ce qu’on entend par « indépendant ».»

Peu de changements

La FEUQ se dit «déçue» des modifications dont ont fait l’objet les deux projets de loi de la ministre, qui a relancé le processus de la commission parlementaire en juin dernier. «On s’attendait à des modifications d’une plus grande envergure. Mais le pourcentage des représentants externes des conseils d’administration est passé de 66 à 60 %. Il n’y a pas eu de réelles avancées», a-t-il constaté.

Une chose normale, affirme-t-on au cabinet de la ministre, étant donné que les consultations de la commission n’ont jamais eu lieu et s’apprêtent à officiellement démarrer dans deux semaines. La Commission de l’éducation de l’Assemblée nationale est en train de planifier les horaires des quelque deux semaines que dureront les auditions en attendant les dépôts des mémoires des retardataires qui lui parviendront d’ici à la fin de la semaine.

Pour la FEUQ, ces auditions sont «la dernière fenêtre» pour essayer de faire changer le gouvernement d’opinion. «On espère avoir une oreille attentive de la part de la ministre. La plupart des acteurs de la société s’entendent sur les points qui ne fonctionnent pas dans les lois. […] On trouverait déplorable qu’elle ne puisse pas prendre les critiques des organisations qui représentent la population», a conclu Jean Grégoire.

Consultez l’article intégral de l’article de Lise-Marie Gervais, paru dans l’édition du 18 août 2009 du Devoir.

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