Le Devoir : L’UQAM, une université bilingue ?

Six cours de gestion seront donnés entièrement en anglais cet automne

Dans le but de «doubler» le nombre de ses étudiants étrangers, l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM offrira cet automne six cours entièrement en anglais, a appris Le Devoir. Le vice-doyen aux études à l’ESG, qui souhaite étendre davantage l’offre de cours en anglais, a déjà confirmé que certains de ces cours, qui sont ouverts aussi bien aux Québécois qu’aux étudiants étrangers inscrits au baccalauréat, seraient reconduits à la session d’hiver.

Ces ajouts au menu ne plaisent pas du tout au Syndicat des professeurs de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ), qui prétend que cette stratégie de «marchandisation du savoir» viole sa convention collective. «Nous, ce qu’on vise à faire collectivement, c’est d’intégrer les immigrants à la culture francophone. Alors, si on leur offre des cours anglais par pur clientélisme, on manque à notre mission», a indiqué Michel Laporte, premier vice-président au SPUQ. La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) juge pour sa part «inacceptable» cette volonté de «bilinguisation de l’UQAM».

Selon Benoît Bazoge, vice-doyen aux études à l’ESG, cette nouvelle offre de cours en anglais a également été élaborée pour que l’École puisse satisfaire aux exigences de l’EQUIS (European Quality Improvement System), un label de qualité qui distingue les meilleures écoles de gestion à vocation internationale dans le monde. D’une durée de trois ans, l’accréditation EQUIS de l’ESG, qui prendra fin en 2010, sera à renouveler sous peu. «EQUIS nous demande d’augmenter la mobilité étudiante. Les cours qu’on offre désormais sont destinés avant tout à nos partenaires, c’est pour augmenter la venue d’étudiants étrangers. On veut pouvoir recevoir des non-francophones», a dit M. Bazoge. «Bien entendu, si des étudiants d’ici, de l’ESG, veulent les suivre, on ne va pas les en empêcher», a-t-il ajouté.

«La langue des affaires»

Selon M. Bazoge, le but n’est pas de faire de l’UQAM une université bilingue. «L’idée est plutôt de pouvoir augmenter les échanges dans le domaine du commerce. C’est indispensable», a dit le vice-doyen aux études. Pour lui, il y a une confusion dans les débats. «L’anglais est malheureusement perçu comme la langue du reste du Canada. Mais c’est aussi la langue des affaires dans le monde entier», a-t-il insisté.

Ayant l’intention d’en offrir huit au départ, l’ESG ne mettra que six cours pouvant accueillir une vingtaine d’étudiants au banc d’essai, soit Analyse microéconomique, Gestion financière, Fondements technologiques des systèmes d’information, Marketing, Comportement organisationnel et Développement durable et gestion. Ce dernier est l’un des plus populaires avec une cinquantaine d’inscriptions. Un autre cours, «Direction générale», a été annulé parce qu’il n’y avait que des Québécois inscrits, a soutenu M. Bazoge.

Selon lui, une poignée sur les 700 à 800 cours dispensés à l’ESG constitue une offre relativement marginale, d’autant que d’autres universités, comme l’École des HEC et l’Université Laval, proposent déjà des cours en anglais. «Les Chinois ne parlent pas le français, les Indiens et les Scandinaves parlent surtout l’anglais. J’y vois une façon de diversifier les apports des étudiants», a-t-il dit.

Si certains cours sont déjà offerts en anglais à l’ESG, dans le cadre de programmes d’échanges spécifiques en partenariat avec d’autres pays, la nouveauté est qu’ils sont désormais insérés au cursus du baccalauréat qu’un étudiant peut faire en entier à l’Université du Québec à Montréal. Selon Michel Laporte du SPUQ, c’est là que le bât blesse. «C’est l’École des langues qui a l’expertise de donner des cours de langue. Les langues secondes devraient être parlées dans le cadre des cours de langue seconde et pas ailleurs», a-t-il soutenu. Il rappelle que la convention collective des professeurs est claire: la langue d’enseignement doit être le français.

Pour Mario Beaulieu, président de la SSJB, donner en anglais des cours inscrits au programme contredit la politique linguistique de l’UQAM qui «dit accorder la plus haute importance au français, langue officielle et langue d’expression commune». Selon lui, c’est le sous-financement des universités francophones qui est responsable du faible nombre d’étudiants étrangers.

Professeur agrégé et enseignant du cours Développement durable et gestion, Georges Tanguay est enthousiaste à l’idée de donner son cours en anglais. «Ça va m’aider parce que je vais pouvoir donner des lectures en anglais, ce qui est très fréquent en développement durable et en gestion», a-t-il dit. «Je vois plutôt un aspect favorable parce que les gens qui vont suivre mon cours vont être très motivés.»

Consultez l’article intégral de l’article de Lisa-Marie Gervais de l’édition du 1er septembre 2009 du Devoir.

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