Le travail étudiant : appauvrissement et exploitation

 

Travailler pour étudier

 

La nécessité d’occuper un emploi salarié est une réalité qui concerne la plupart des étudiantes de niveau postsecondaire. En 2014, 57% des étudiantes de 20 à 24 ans occupaient un emploi pendant leurs mois d’étude. De plus, ce sont 61% des femmes de ce groupe d’âge qui occupent un emploi durant l’année scolaire alors que chez les hommes c’est plutôt 50%.

 

La combinaison de l’emploi et de l’importante charge de travail scolaire, qui  s’intensifie lors de la mi-session, de la fin de session ainsi que des périodes de stages, a des conséquences directes sur les conditions de vie et le bien-être des étudiantes. Elle est une source de stress et de fatigue accumulée, et réduit le temps disponible pour la vie sociale et familiale. Dans ces conditions, il est difficile de trouver du temps pour militer ou maintenir un bon dossier académique.

 

De plus, malgré que près des 2/3 des étudiant-e-s occupent un emploi durant leurs études, 65% des étudiantes au premier cycle à temps plein s’endetteront en moyenne de 14 000$, et une étudiante sur quatre s’endettera de plus de 20 000$. La précarité étudiante oblige à emprunter, et les lacunes de l’Aide financière aux études font en sorte qu’il est souvent nécessaire d’avoir recours au crédit privé. L’endettement sera d’autant plus élevé pour les étudiantes provenant de familles ayant un faible revenu, et peut en dissuader plusieurs de poursuivre leurs études.  

 

Travailler à l’UQAM

 

Pour quelques-unes et quelques-uns d’entre nous, il est possible de se trouver un emploi à l’UQAM. Toutefois, ces emplois sont octroyés par contrat et ne sont pas permanents. Bien souvent, l’obtention d’un contrat doit être considérée comme un revenu d’appoint, et non un revenu stable, puisque le nombre d’heures varie grandement d’un contrat à l’autre. Aussi, chaque nouvelle session est une période d’incertitude : l’obtention d’un nouveau contrat n’étant jamais assurée. Dans ce contexte, il est difficile de faire une planification de ses revenus pour l’année. De plus, puisque les superviseures se trouvent souvent à être nos professeures, ces rapports hiérarchiques viennent influencer les conditions de travail : la personne étudiante employée vivra une grande pression à travailler rapidement, voire à travailler bénévolement, en ne réclamant pas toutes les heures qu’elle a réellement effectuées de crainte de ne pas bien paraître aux yeux de ses professeures. Pourtant, comme dans n’importe quel autre emploi, chaque heure travaillée devrait être payée!

 

« Étudier, c’est travailler! » : revendication pour un salariat étudiant

 

Depuis quelques mois, la revendication pour un salariat étudiant est portée de l’avant par les différents Comités unitaires sur le travail étudiant (CUTE) présents sur plusieurs campus. La campagne actuelle vise à mettre fin à la précarisation des étudiantes en demandant la rémunération des stages à tous les niveaux d’enseignement.

 

Effectivement, plusieurs programmes de formation comportent des stages obligatoires qui précarisent les étudiantes. Les nombreuses heures effectuées lors des stages non rémunérés constituent du travail bénévole, pourtant essentiel au fonctionnement de la société et qui, dans bien des secteurs, remplace carrément certains postes coupés par les budgets d’austérité des dernières années.  Puisque les stages ne sont pas rémunérés, les étudiantes doivent souvent se trouver un autre emploi salarié afin d’être en mesure de joindre les deux bouts.

 

Alors que les stages dans les domaines dans lesquels les femmes sont majoritaires ne sont pas rémunérés, comme par exemple en enseignement, en soins infirmiers ou en travail social, les domaines où s’inscrivent une majorité d’hommes, comme le génie ou l’informatique, bénéficient pourtant de stages rémunérés. Le gouvernement du Québec offre même plusieurs crédits d’impôts aux entreprises privées qui engagent des stagiaires dans ces domaines. Cette inégalité s’explique par la division qui existe dans notre société entre le travail productif et le travail reproductif tel que les soins à autrui et l’éducation des enfants, ce dernier étant invisibilisé et considéré comme étant de valeur moindre.

 

Ainsi, pour lutter contre l’appauvrissement, l’exploitation et les inégalités hommes-femmes en contexte étudiant, la rémunération de tous les stages est incontournable. Elle est  un premier pas vers une revendication plus large pour un salariat étudiant qui garantirait véritablement l’accessibilité aux études de toutes et tous.

1.  Gauthier, Marc-André (2015). « Taux d’emploi des étudiants du Québec : encore parmi les plus élevés au Canada ». Institut de la statistique du Québec : Coup d’œil sociodémographique, no 42, p.2.-3.

2. Savoie, Louis-Philippe (2011). « Les étudiants dans le rouge : l’impact de l’endettement étudiant ». Vie économique, vol. 4, no 1, p.1.

3.  Poirier, Amélie et Tremblay-Fournier, Camille (2017), « Grève des stagiaires, grève des femmes », Dissident.es, en ligne : < https://dissident.es/greve-des-stagiaires-greve-des-femmes/>.