Métro : Les étudiants veulent préserver l’accessibilité universitaire

Les étudiants lutteront cet automne contre une éventuelle nouvelle hausse des droits de scolarité
Une rencontre des partenaires de l’éducation est prévue pour discuter de cette question polémique

Le mouvement étudiant sera sur un pied d’alerte cette année pour défendre ce qui selon lui est mis à mal : l’accessibilité aux études postsecondaires. La lutte contre la hausse des droits de scolarité sera son principal cheval de bataille. «Chaque fois qu’on augmente les droits de scolarité, il y a une diminution de l’accessibilité aux étu­des», affirme le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.

Il s’appuie sur une étude commandée par le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, qui a été faite en 2007 par la professeure adjointe de l’Université de Sherbrooke Valérie Vierstraete. Celle-ci rapportait que, si les droits de scolarité au Québec (2 272 $ en moyenne au premier cycle selon Statistique Canada) atteignaient la moyenne canadienne (environ 5 000 $ par année), la clientèle universitaire diminuerait de 21 %.

A contrario, l’Institut économique de Montréal indiquait dans une étude publiée en juin dernier qu’il n’existait aucun lien entre la hausse des droits de scolarité et la fréquentation universitaire. Au Québec, le taux de fréquentation atteint 28,8 %, alors qu’il s’élève à 42,2 % en Nouvelle-Écosse, où les droits de scolarité se situent à environ 5 877 $.

Or, au Québec, il est déjà prévu que les droits de scolarité continueront d’augmenter après 2012. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, l’a clairement indiqué dans son premier budget, mais il s’est bien gardé de dévoiler dans quelle proportion ces droits seront majorés. Une rencontre des partenaires de l’éducation est organisée cet automne pour prendre le pouls du milieu universitaire sur cette question polémique.

«La ministre [de l’Éducation, Michelle Courchesne] a annoncé en commission parlementaire que tout allait être sur la table à l’occasion de cette rencontre, alors on s’attend à autre chose qu’à une mauvaise pièce de théâtre pour faire passer l’explosion des droits de scolarité universitaires», a affirmé le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Louis-Philippe Savoie, qui compte bien prendre part à cette rencontre, tout comme la FECQ.

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) n’y participera pas. «C’est clair qu’on n’ira pas négocier avec la ministre des hausses de droits de scolarités qui auront un impact considérable sur l’accessibilité aux études, a dit le porte-parole de l’ASSÉ, Philippe Éthier. Ça serait se tirer dans le pied».

L’ASSÉ revendique une diminution et ultimement l’abolition pure et simple des droits de scolarité. La FEUQ prône plutôt un retour au gel de ces droits. D’ailleurs, six provinces canadiennes ont décidé de les geler sinon de les réduire, selon les fédérations étudiantes. Pour Louis-Philippe Savoie, avant de piger davantage d’argent dans les poches des étudiants, il faut analyser l’utilisation des fonds publics par les universités. «Il faut déterminer leurs besoins et l’utilisation des ressources, dit-il. Cet exercice ne se fait pas à l’heure actuelle tant au niveau des universités qu’au niveau gouvernemental.»

«On a de la difficulté à concevoir pourquoi les étudiants devraient payer pour une mauvaise gestion financière ou pour des coupures qui ont eu lieu dans les transferts fédéraux en éducation», ajoute Léo Bureau-Blouin.

Bonification nécessaire de l’aide financière
Si le gouvernement du Québec décide d’aller de l’avant avec une augmentation des droits de scolarité, il devra aussi bonifier de façon substantielle le régime d’aide financière, selon le mouvement étudiant. Présentement, ce régime accuse un manque de 71 M$ parce qu’il n’a pas été indexé au coût de la vie, selon Louis-Philippe Savoie, le président de la FEUQ.

«L’aide financière est très importante pour garantir l’accessibilité aux études, mais aussi pour réduire l’endettement étudiant, dit-il. Dans le reste du Canada, cet endettement atteint presque le double de celui des étudiants du Québec. Et cela a des impacts importants pour la relève en début de carrière.» «Même s’il y a une amélioration de l’aide aux études, ça ne va jamais pallierune hausse des frais de scolarité», laisse tomber le porte-parole de l’ASSÉ, Philippe Éthier.

Consultez l’article intégral de Marie-Ève Shaffer de l’édition du 17 août 2010 du journal Métro.

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