Radio-Canada : Le front commun plaide sa cause

Le front commun des syndicats, qui représente 475 000 travailleurs de la fonction publique et parapublique du Québec, a demandé mardi au gouvernement Charest de déposer une offre de convention collective plus réaliste que celle soumise jusqu’ici.

Québec propose une hausse de la rémunération globale de 7 % sur cinq ans. L’augmentation salariale serait limitée à 5 %. Cette offre pourrait être bonifiée de 0,75 % pour chacune des deux dernières années si la croissance économique est plus élevée que prévu.

Les syndicats, pour leur part, demandent une augmentation de salaire de 11,25 % sur trois ans (3,75 % par année) afin, disent-ils, de protéger le pouvoir d’achat des fonctionnaires et de réduire l’écart salarial par rapport aux employés du gouvernement fédéral, des autres provinces ou du secteur privé québécois.

En utilisant des chiffres du Mouvement Desjardins, qui prévoit des taux d’inflation allant de 1,7 % en 2010 à 2,3 % en 2013, le front commun estime que le pouvoir d’achat de ses membres aurait fondu de 3,5 % à 5 % au terme du contrat de travail de 5 ans que propose le gouvernement [NDLR : les prévisions pour 2014 ne sont pas connues].

« Nous considérons que les propositions gouvernementales sont nettement insuffisantes, et elles nous dirigent vers des voies opposées. De plus, elles maintiennent les employés de l’État sur le chemin de l’appauvrissement et excluent d’emblée tout rattrapage salarial et toute participation à l’enrichissement collectif », affirment les porte-parole du front commun.

En conférence de presse, mardi matin, le président de la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, a souligné que les négociations se présentaient tout de même mieux que la dernière fois. Québec avait alors imposé un contrat de travail qui avait soulevé l’ire des employés de l’État.

M. Arsenault est d’avis que les commentaires négatifs émis par le Bureau international du travail au sujet des dernières négociations et le récent jugement de la Cour suprême qui a conclu que le gouvernement de la Colombie-Britannique a négocié de mauvaise foi avec ses fonctionnaires ont contraint Québec à modifier son approche.

« Vous avez vu le communiqué de la ministre [Monique Gagnon-Tremblay, présidente du Conseil du Trésor] hier. Ce n’est pas un communiqué de presse agressif. […] Quand je lis ça comme un négociateur, je sens qu’il y a place à l’ouverture. Il va y avoir place à l’ouverture chez nous aussi. On veut un règlement négocié », a déclaré M. Arsenault.

Le chef syndical déplore que Québec soit « obsédé » par un retour à l’équilibre budgétaire dès 2013, alors que l’Ontario cible plutôt l’année 2015 et que les États-Unis attendront jusqu’en 2020. « C’est de là que vient le manque à gagner du gouvernement du Québec », affirme Michel Arsenault.

Le président de la FTQ soutient que lors du sommet économique tenu à l’invitation du gouvernement Charest, le 20 janvier dernier, des représentants du monde patronal et bancaire ont aussi exprimé l’avis que Québec ne doit pas se serrer la ceinture trop rapidement afin de ne pas compromettre la reprise économique.

Québec veut intensifier les négociations

Dans son communiqué publié lundi, Mme Gagnon-Tremblay soutenait que les échos lui parvenant de la table de négociations la laissaient « songeuse ». Elle plaidait pour une intensification des négociations.

« Je suis consciente qu’il reste beaucoup de travail à faire pour parvenir à une entente négociée et, si nous n’intensifions pas les pourparlers dès maintenant, je doute que nous puissions y parvenir. Cependant, je me refuse à envisager un tel scénario , écrivait-elle.

La présidente du Conseil du Trésor soulignait que « l’une des priorités gouvernementales contenues dans l’offre au front commun vise notamment à corriger des dispositions de conventions collectives trop rigides pour améliorer l’organisation du travail ». Les économies ainsi générées, affirme-t-elle, « seraient réinjectées pour résoudre diverses problématiques sectorielles à convenir entre les parties ».

Le porte-parole de la Confédération des syndicats nationaux, Louis Roy, a saisi la balle au bond. Il soutient que le front commun n’a aucune difficulté à discuter d’organisation du travail. Il souligne que le niveau d’encadrement actuel dans la fonction publique devrait être revu à la baisse.

Les structures actuelles, dit-il, ont été adoptées dans le climat d’affrontement des années 60 et ne répondent plus au besoin d’un monde qui a changé. Les employeurs au niveau local ont toutefois beaucoup de difficultés à revoir les structures actuelles. Le Conseil du Trésor, indique M. Roy, devrait transmettre ce message aux organisations patronales à la table des négociations.

Le front commun réunit tous les grands syndicats présents dans lessecteurs public et parapublic, soit les organisations regroupées au sein du Secrétariat intersyndical des services publics (CSQ, FIQ, SFPQ, SPGQ et APTS), de la CSN (FSSS, FEESP, FNEEQ et FP) et de la FTQ (SCFP, SQEES, SEPB et UES).

Consultez l’article intégral de l’édition du 16 février 2010 sur le site de Radio-Canada.

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