Rue Frontenac : Antidépresseurs: consommation en hausse de 196% chez les jeunes Québécois

Les jeunes Québécois sont accros aux antidépresseurs. En cinq ans, la vente de ces médicaments utilisés entre autres pour traiter la dépression et l’anxiété a pratiquement triplé chez les enfants et les adolescents de la province, révèlent des données obtenues par RueFrontenac.com.

Entre 2005 et 2008, le nombre d’ordonnances d’antidépresseurs à des jeunes de moins de 19 ans est passé de 676 642 à 2 004 416, soit une hausse fulgurante de 196%.

Pour la première fois l’an dernier, le Québec est ainsi devenu la province canadienne où l’on prescrit le plus d’antidépresseurs aux jeunes, devançant même l’Ontario, selon des données obtenues auprès de IMS Health, une firme spécialisée dans la recherche et les statistiques du secteur pharmaceutique.

« L’augmentation significative des ordonnances d’antidépresseurs est justifiée dans un nombre de cas, comme un jeune qui présente un tableau de dépression majeure et qui risque d’être très pénalisé s’il est en dehors du circuit scolaire pendant un an ou deux », affirme Patricia Garel, pédopsychiatre et chef du département de psychiatrie à l’Hôpital Sainte-Justine.

« Par contre, poursuit la spécialiste, on donne le médicament trop vite dans des cas où les adolescents n’en ont pas besoin. Il faut appeler à une certaine prudence. »

Ordonnances rapides pour médecins débordés

Psychologue et communicateur, Marc Pistorio est d’avis que l’on prescrit trop vite et trop facilement des antidépresseurs aux jeunes Québécois. « J’observe beaucoup cette tendance à la prescription facile, dénonce le spécialiste. On n’aide pas vraiment le jeune en faisant ça. On le sort de la consommation de pot pour lui donner une drogue légale à la place. »

Ce dernier juge par ailleurs que plusieurs médecins généralistes débordés ne prennent pas le temps d’évaluer les patients et préfèrent leur donner des médicaments « qui ne font que patcher » le problème plutôt que de le régler. « Après cinq minutes dans un bureau de médecin, on peut facilement en sortir une prescription d’antidépresseurs dans les poches, illustre-t-il. Il faut d’abord établir le diagnostic. En ce moment, on se trompe beaucoup. Par souci d’efficacité et de rapidité, les gens prennent des antidépresseurs sans les accompagner d’une thérapie », déplore le psychologue.Une opinion partagée par le Dre Patricia Garel, qui juge que le fait que les antidépresseurs présentent moins d’effets secondaires qu’avant peut porter les médecins à prescrire ce médicament trop rapidement. « On le prescrit parfois trop vite comme si cela ne pouvait avoir que des effets bénéfiques, mais ce n’est pas le cas, déplore-t-elle. Ce n’est pas un manque de compétence , mais de temps nécessaire et parfois de rigueur. On prend une photo de l’individu qui est dans le bureau alors qu’on devrait voir tout le film. »

De son côté, Madeline Gareau-Lagden, directrice des communications chez IMS Health pour le Canada et l’Amérique latine, estime que les campagnes publicitaires destinées à sensibiliser la population sur la dépression et l’ouverture des gens à ce problème de santé sont en partie responsables de l’augmentation fulgurante de la consommation d’antidépresseurs au Québec. « Je pense que les gens prennent mieux soin d’eux », explique-t-elle.

Une industrie payante

La vente d’antidépresseurs est une affaire de gros sous au Québec. L’an dernier, les patients québécois ont déboursé pas moins de 341,4 M$ pour se procurer des antidépresseurs qui leur avaient été prescrits par leur médecin. La portion attribuable uniquement aux jeunes de moins de 19 ans a frisé les 61,7 M$ l’an dernier. En date de juin 2009, les jeunes consommateurs avaient fait l’achat d’antidépresseurs pour environ 26 M$ pour l’année en cours.

Consultez l’article intégral de Jean-Philippe Pineault de l’édition du 24 août 2009 de La Rue Frontenac.

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