Rue Frontenac : Petro-Canada: après la fin du lock-out, la purge des cadres

Un an après la fin du lock-out de 14 mois à sa raffinerie de l’est de Montréal, Petro-Canada a procédé à un important remaniement au sein de son personnel cadre, a appris RueFrontenac.com.

Une quarantaine d’employés cadres ont été mutés ou mis à la retraite au cours des derniers mois, selon le président du syndicat (SCEP-FTQ), Jacques Vanier.

Le nombre de cadres est passé de 180 à environ 140. Durant le lock-out, pour faire tourner la raffinerie sans l’aide de ses 260 travailleurs syndiqués, Petro-Canada avait admis pouvoir compter sur la « collaboration » de 200 employés cadres.

« Il y a eu une purge chez les cadres et ce n’est pas terminé. On a l’impression que les grands patrons ont décidé de faire le grand ménage », croit savoir Jacques Vanier. Le syndicaliste dit avoir gardé contact avec des contremaîtres de la raffinerie depuis la fin du conflit.

« Il y en a plusieurs qui sont partis contre leur gré, et d’autres qui s’inquiètent pour leur avenir », précise-t-il.

Le chef syndical n’attribue pas uniquement à la fin du conflit chez Petro-Canada cette importante purge chez les employés cadres. Il constate, entre autres raisons, que la présence du nouvel actionnaire de contrôle, Suncor Energy, qui a complété en août 2009 la fusion-acquisition avec Petro-Canada – une transaction de 19,1 G$ –, n’est pas étrangère à cette « nouvelle réalité dans les relations de travail ». Suncor Energy, basée à Calgary, est très active dans les sables bitumineux.

Cette fusion à l’avantage de Suncor a donné naissance à un géant mondial de l’énergie dont la valeur totalise environ 43,3 G$. Il s’agit désormais de la plus importante société pétrolière au Canada, et de la cinquième en Amérique du Nord.

« Les nouveaux actionnaires ont peut-être vu des choses que la direction de Petro-Canada souhaitait cacher. Une chose est certaine : il y a des cadres à la raffinerie qui sentent le tapis leur glisser sous les pieds », avance le leader syndical.

Scabs déguisés en cadres

Jacques Vanier ne cache pas que le lock-out qui a pris fin il y a un an, en janvier 2009, a laissé des traces. « Les premiers mois qui ont marqué notre retour au travail ont été difficiles à surmonter. On ne passe pas 14 mois dehors sans accumuler de la frustration. Plusieurs travailleurs en lock-out ont connu des problèmes financiers », explique le président du syndicat.

Il déplore encore aujourd’hui que Petro-Canada « ait eu recours à des scabs déguisés en cadres » pour faire le travail des syndiqués à la raffinerie. « On avait monté une preuve béton devant la commissaire (Jeanne Moreau), à la Commission des relations du travail (CRT) », rappelle le président du syndicat.

Une liste de 106 noms de non-syndiqués, qui n’étaient pas des cadres, selon la version syndicale, avait alors été présentée à la commissaire de la CRT. De plus, quelques mois avant le déclenchement du conflit, toujours selon les prétentions du syndicat, la direction aurait offert des « promotions » à une trentaine d’employés syndiqués de l’usine, pour en faire des employés cadres.

« On a vu des employés de notre local syndical (local 175) devenir cadres, du jour au lendemain, et faire notre job durant le lock-out. On a également vu des entrepreneurs, sur le site de la raffinerie, devenir cadres chez Petro-Canada en prévision du conflit. C’était choquant », se souvient Jacques Vanier.

Suncor Energy actionnaire

Jacques Vanier, âgé de 56 ans et à l’emploi de la raffinerie depuis 29 ans, n’a jamais douté de son leadership. « J’ai toujours eu la confiance de mes membres et c’était essentiel dans les circonstances. On se battait contre des propriétaires qui étaient prêts à tout pour nous faire tomber. C’est uniquement au Québec que Petro-Canada refusait de signer une convention collective. Ailleurs au pays, il y avait pourtant eu des ententes négociées sans conflit », insiste-t-il.

Le conflit avait débuté le 17 novembre 2007. À la mi-janvier 2009, après 421 jours de conflit, les travailleurs ont pu ranger leurs pancartes syndicales avec, en poche, une convention collective d’une durée de six ans. Les travailleurs de la raffinerie montréalaise ont par ailleurs eu l’assurance qu’ils pourront continuer de négocier des clauses « nationales » avec leurs confrères des autres raffineries à la grandeur du pays.

Rappelons que le syndicat avait lancé une campagne de boycottage des produits de Petro-Canada afin d’inciter les automobilistes à ne pas faire le plein dans les stations-service de cette enseigne. Mais, comme toute campagne de boycottage, le message n’avait pas résonné dans toutes les oreilles des consommateurs québécois.?

« Ce n’est jamais facile de vivre un lock-out. C’est une brisure dans une vie », concède après coup Jacques Vanier. Il prévoit prendre sa retraite en mai 2011.

Pas de réductions, selon Suncor

En fin d’après-midi, le porte-parole de Suncor au siège social de Calgary, Dany Laferrière, a déclaré à RueFrontenac.com qu’il n’y a eu « aucune réduction de postes de cadres reliée au lock-out » à la raffinerie Petro-Canada.

« Il y a bien eu quelques réductions au sein du personnel cadre, mais c’est attribuable à la fusion (Suncor–Petro-Canada) », a-t-il précisé, sans fournir de statistiques à ce sujet. Le porte-parole a rappelé qu’un millier de postes ont été éliminés, « principalement à Calgary », depuis la fusion des deux géants, sur un total de 12 000 employés.

Consultez l’article intégral de Yvon Laprade du 6 janvier 2010 de Rue Frontenac.

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