Troisième chronique de l’antisyndicalisme ordinaire

L’antisyndicalisme ordinaire, c’est aussi de déprécier systématiquement comme inutiles, voire même nuisibles, les luttes que mène le syndicat pour contrer les différentes formes d’exploitation. Vous avez bien lu, d’exploitation !

Troisième épisode : l’exploitation universitaire, ça existe.

Les personnes étudiantes employées de l’UQAM sont des précaires, et pas seulement parce que leurs contrats de travail ne compensent même pas pour leurs frais de scolarité. Il existe une autre raison plus taboue, souvent cachée, assez humiliante : la hiérarchie des structures universitaires qui pèse sur nous dans sa triple dimension intellectuelle, académique et patronale.

Est-ce que vous êtes tenté-e d’arrêter votre lecture ici ? Peut-être qu’après tout, « ça ne me concerne pas, parce que moi, ça va bien, avec mon contrat, avec ma directrice, et j’en ai jamais eu de problèmes ». Tant mieux. Mais c’est aussi la première chose que m’ont dite toutes les personnes que j’ai rencontrées pour finalement déposer des plaintes et des griefs cette année. Toutes.

C’est souvent un détail qui fait tout dérailler : un courriel jamais reçu, une sinusite au mauvais moment, un « non » pris pour un oui, une inattention à vos explications, la non-prise en compte de vos disponibilités, des délais déraisonnables. Mais comme c’est votre directeur, vous laissez passer les premiers accrochages, on se sent coupable d’exiger des conditions de travail strictement conformes à la convention collective, car après tout, ça fait partie de ma formation et j’ai de la chance de l’avoir ce contrat ! Si une image vaut mille mots, disons que tout commence avec ça : Phd Comics. Ensuite, c’est l’engrenage. Les personnes que nous accueillons au SÉtuE sont souvent à bout de force, à bout d’humiliation.

Cette relation avec la personne qui dirige nos recherches, écrit nos lettres de recommandation, accepte ou non nos prolongations, distribue nos contrats de recherche ou d’enseignement, répartit nos bourses et évalue nos travaux et nos corrections, comment la nommer ? C’est quand ça dérape qu’on se rend compte à quel point cette relation est structurellement hiérarchique et potentiellement opprimante. D’autant plus insidieuse qu’elle est vécue dans le secret d’un échange informel dans un bureau, d’un coup de téléphone à domicile, de pressions psychologiques pas souvent assumées.

Et si c’était justement le fait qu’on se la représente comme de la coopération mutuelle, un brin paternaliste mais somme toute sympathique, qui nous camoufle son potentiel exploiteur ? et qui nous fait accepter l’inacceptable : travailler sans être payé-e, sans être protégé-e par un contrat de travail, modifier nos horaires à la dernière minute et accepter des remarques infantilisantes ?

Un des outils que le SÉtuE a développé, c’est une simple grille d’entente, qui permet aux auxiliaires de recherche et d’enseignement d’obtenir une description claire de leurs tâches, de comptabiliser leurs heures de travail et leurs dépenses, de négocier avec leurs superviseurs heures, présences et disponibilités ! Nous voulons rendre obligatoire le moment où superviseur-e et employé-e discutent ensemble de TOUTES les modalités de l’emploi, de l’acceptable et de l’inacceptable, et s’entendent PAR ÉCRIT à ce sujet.

Si simple. Très efficace. C’est d’ailleurs obligatoire à McGill. Mais bien sûr : « le syndicat veut encore nous rajouter de la paperasse », et puis « même les auxiliaires trouvent que ça sert à rien », ah et encore, « y’en a pas de problèmes ». Et vous, vous en pensez quoi ?

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Par Caroline Jacquet